5 décembre 2009

De la racine psychanalytique du négationnisme climatique




Ayant beaucoup abordé la notion de négationnisme climatique (ou climato-scepticisme) sur ce blog, il convenait de s’interroger sur les racines de cette "hérésie".  Précisons-le immédiatement : il faut abandonner toute interprétation religieuse de ce dernier terme, la croyance au réchauffement climatique n’étant pas de l’ordre de la foi, mais de la croyance scientifique. 

Pour rappel (je ne les compte plus !) pour les nouveaux lecteurs, le négationnisme climatique consiste à nier que le réchauffement climatique actuel est d’origine humaine (ou "anthropique"), voire à nier purement et simplement un phénomène général de réchauffement climatique. En ce sens, on peut parler de climato-scépticisme puisque les négationnistes climatiques doutent qu’il y ait un réchauffement climatique d’origine anthropique.

Bien évidemment, plusieurs thèses peuvent être avancées pour mettre en avant l’origine de ce négationnisme. J’en mettrai cependant une seule en avant dans ce court article : le refoulement

 

Qu’est-ce que le refoulement ? J’emprunte ici le concept à Freud, qui a inventé ce concept dans la sphère psychanalytique. Pour le célèbre praticien et théoricien autrichien, le refoulement est un mécanisme de défense du psychisme. Par ce mécanisme le psychisme permet de maintenir à l’écart de la conscience des pensées désagréables. Rappelons ici que Freud considère que le psychisme est, pour simplifier les choses, divisé en conscience et inconscient, les deux étant séparés par le processus de refoulement. Le Moi peut ainsi refouler, mettre de côté, des représentations désagréables dans l’inconscient. 

Le Moi, façonné de toutes parts par la société, est devenu un Moi aux pulsions de plus en plus exacerbées : consommer, se protéger, plaire, changer, imiter… Autant de commandements qu’imposent à un rythme de plus en plus élevé notre société, pour alimenter et faire prospérer son économie. Notre Moi est un moi consommant. 

Imaginons que vous ayez toujours écouté la société et ses publicités, que ses commandements soient tellement entrés en vous que vous ne fassiez plus qu’un avec cette pulsion dévorante de consommation, que toutes vos représentations gravitent autour d’elle et la justifie pleinement : comment réagira votre Moi lorsqu’on lui parlera de dangers liés à cette pulsion, à lui-même !, de la nécessité de ralentir la consommation et de rentrer dans une phase de privation pour tenir compte des ressources finies de notre planète ? Pensez-vous vraiment qu’il écoutera la voix de la raison et les nouvelles lois qui doivent le limiter ? 

Le Moi aura tendance à refouler les avertissements climatiques et à s’en défendre par une opinions opposées. Car une résistance forte sera opposée au paradigme scientifique actuel. Cette résistance se parera d’une apparence de fondement intellectuel (le négationnisme climatique serait une thèse légitime face à une autre thèse qu’est celle du réchauffement climatique d’origine anthropique). Mais il s’agit bien d’un mécanisme inconscient : le climato-sceptique ignore en toute bonne foi le fondement de ses idées. Il choisit les thèses négationnistes car elles lui permettent de garder son Moi en sécurité et de faire perdurer son équilibre.

Le négationnisme climatique est un symptôme. Que signifie-t-il ? Tout simplement que le Moi est profondément touché par les changements qu’imposent les conséquences écologiques de notre mode de vie actuel ! Adopter le développement durable implique peine, privation et frustration : autant de choses que le Moi peut difficilement accepter, lui qui se complaît dans la conquête et l’affirmation.

Que le négationnisme soit actuellement en recrudescence est tout à fait symptomatique : les dégâts écologiques de l’ultra-libéralisme étant de plus en plus flagrants et inquiétants, voire angoissants, le négationniste est intérieurement poussé à nier l’évidence, à se détacher du réel et à développer une vision du monde qui l’arrange, dans lequel son Moi socialement construit, peut continuer à garder son identité et ses repères multi-séculaires.

En conclusion, le négationnisme climatique a pour mérite d’attirer notre attention sur l’immense résistance en l’homme que le psychisme déploie face au changement et à l’horizon de privations. C’est bel et bien le défi du développement durable et des politiques du XXIème siècle : composer avec cette résistance viscérale tout en imposant un fort fléchissement à nos pulsions de consommation. Freud peut venir à notre aide grâce à la notion de sublimation du désir : tout comme la pulsion sexuelle peut devenir amitié, la consommation matérielle peut s’orienter vers l’univers spirituel. Reste à savoir si le troupeau peut s’élever après avoir été abêti à dessein par les bergers…

 

En compléments et vers d’autres directions : 

http://yannickrumpala.wordpress.com/2008/11/19/les-sources-du-scepticisme-environnemental/

http://blogs.lexpress.fr/nouvelleformule/2009/11/les-legions-du-climatosceptici.php

http://www.lexpress.fr/actualite/environnement/des-e-mails-pirates-pour-discrediter-des-climatologues_830355.html

 

 

 

15 réponses à “De la racine psychanalytique du négationnisme climatique”

  1. David Jourand FRANCE Ubuntu Linux Mozilla Firefox 3.5.5 dit :

    Bel article ! Mais (il y a toujours un mais) écrire que “la croyance au réchauffement climatique n’étant pas de l’ordre de la foi, mais de la croyance scientifique” fait un peu mal… “croyance scientifique” ! Ouch !
    D’autre part, je ne suis pas d’accord avec “adopter le développement durable implique peine, privation et frustration”. Adopter le développement durable implique de changer de comportement, d’échelle de valeur, etc… Ce qu’exprime très bien ta conclusion.

  2. admin FRANCE Mac OS X Safari 531.21.10 dit :

    Il s’agit pourtant bel et bien de croyance : ce n’est pas un “fait”. Cela reste une théorie en laquelle un groupe de scientifique croit, adhère. La croyance n’est pas forcément quelque chose de subjectif et de négatif.
    C’est bel et bien une croyance, par exemple, qui sous-tend ton identité : tu crois que tu t’appelles David. Tu as fait confiance à tes parents, à tes papiers d’identité… Ta vision du monde repose sur un certain nombre de croyances. La science ne déroge pas à la règle. Par exemple, on a longtemps cru que la Terre était plate. On n’a cependant beaucoup plus de de bonnes raisons de croire qu’elle est ronde. C’est “croire” au sens de “faire confiance”, adhérer à une théorie ou un ensemble de propositions et d’énoncés. C’est pour ça que j’ai insisté sur le côté non religieux au départ de la croyance. C’est un abus de langage d’associer croyance et foi religieuse.

    Je reste convaincu que le développement durable consiste à réduire nos consommations, donc à frustrer nos pulsions primitives : en étant matériel, un objet de consommation est énergivore, donc forcément générateur de gaz à effet de serre. Tant que la consommation reste matérielle, elle est nocive. Donc à moins que nos sociétés deviennent intellectuelles et consommatrices de biens immatériels, je pense qu’elles devront faire face à une FORTE frustration pour pérenniser notre espèce.

  3. admin FRANCE Mac OS X Safari 531.21.10 dit :

    En complément, un exemple de refoulement d’un blogueur après la lecture de Cabrol :

    “Mais l’intervention de Laurent Cabrol et de tous les scientifiques qui en sont arrivés à cette thèse du phénomène naturel permet à chacun de souffler un peu. La menace de la tachycardie qui s’approche quand je ne sais pas dans quelle poubelle jeter un déchet semble s’éloigner à petits pas, et je ferais moins d’éruption cutanée à chaque fois que je monterai dans une voiture, rouge de honte devant le regard accusateur des piétons et des cyclistes au feu rouge. L’espoir renaît.”

    >>> http://www.mizzenmast.fr/2008/05/laurent-cabrol-contre-le-grand-complot-ecologiste-mondial/

  4. David Jourand FRANCE Ubuntu Linux Mozilla Firefox 3.5.5 dit :

    J’écarte tout de suite le débat opposant réalisme et solipsisme sinon, on ne s’en sortira pas. Le postulat de base est qu’il existe une réalité objective que la science tente de décrire. J’écarte également le débat que l’on pourrait avoir sur la sémantique du mot croyance pour ne conserver que la définition, couramment admise, qu’en donne Wikipédia : “La croyance est le fait de tenir quelque chose pour vrai, et ceci indépendamment des preuves éventuelles de son existence, réalité, ou possibilité.”
    Enfin, la science est, d’après le dictionnaire Le Robert, « l’ensemble de connaissances, d’études d’une valeur universelle, caractérisées par un objet (domaine) et une méthode déterminés, et fondées sur des relations objectives vérifiables »(Wikipédia).
    Il ne peut donc y avoir de “croyance scientifique”.

    Le problème principal est que l’on qualifie tout et n’importe quoi de science : sciences économiques, sciences humaines, etc. La climatologie, comme toute discipline scientifique, s’appuie sur des observations scientifiques (c’est dire obtenues et mesurées par la méthode scientifique) pour élaborer un modèle d’évolution du climat dans le temps. Comme tout modèle, sa qualité (c’est à dire son degré d’exactitude par rapport à la réalité objective) dépend de la qualité des observations et des hypothèses (postulats du modèle) sur lequel il repose. Le problème est que pour juger de la qualité du modèle, il faut parfaitement maîtriser le sujet, être capable d’estimer la crédibilité des hypothèses de base et c’est là qu’entre en jeu la subjectivité. Lorsque les hypothèses de bases sont nombreuses et complexes, on peut “croire” ou non en la capacité d’un modèle à expliquer la réalité objective. Les prévisions obtenues par un modèle doivent ensuite être confronté à l’expérience. Dans le cas du climat… la seule expérience qui permet de trancher est d’observer ce qui se passera ! La climatologie affinera ses modèles avec le temps…

    Il ne faut pas confondre la science et les scientifiques. Ces derniers sont des hommes dont la subjectivité fait qu’ils adhèrent plus ou moins à certains modèles (et en ce sens on peut parler de croyance), mais les observations ultérieure permettent toujours d’affiner, affirmer ou infirmer ces modèles.

    Pour ce qui concerne la frustration liée au développement durable, je suis d’accord avec toi. C’est pour cela qu’il faut changer notre façon de voir. C’est la nouvelle émancipation théorisée par Jacques Généreux :
    - en livre : http://jacquesgenereux.fr/news/la-suite-de-la-dissociete-bientot-en-librairie
    - en vidéo : http://www.dailymotion.com/video/xaey9a_la-nouvelle-emancipation_news

    Ouf !

  5. admin FRANCE Mac OS X Safari 531.21.10 dit :

    Je persiste est signe : la science est un ensemble de croyances. Cependant, il faut distinguer des degrés de croyances avant de pouvoir affirmer la thèse sus-mentionnée.
    Profitons de la sagesse de Kant pour éclaircir ce point. Contrairement aux grecs qui distinguaient la croyance (ou “doxa”) de la science (ou “épistémé”), Kant tient la position suivante :

    L’opinion est une croyance insuffisante ; la foi est une croyance qui s’auto-satisfait, bien qu’elle soit insuffisante d’un point de vue objectif ; la science est une croyance vraie.

    Contrairement à la “définition” de Wikipédia, le terme de croyance est bien plus large que la doxa ne l’admet couramment.

    N’oublions pas en outre, que les propositions scientifiques sont toutes issues d’autres propositions, jusqu’à remonter à des propositions premières. Celles-ci ne sont malheureusement pas “démontrables” : toutes connaissances a des présupposés indémontrables (ex : axiomes d’Euclide). Il y a forcément des choix métaphysiques, non imposés par les faits eux-mêmes.
    Pour Einstein “Dieu ne joue pas aux dés” : il choisit pour cela une vision déterministe de l’univers… à l’opposé de Niels Bohr qui lui adopte l’incertitude.
    La science n’est que l’oeuvre des scientifiques. Certes, il y a un idéal de connaissance objective, mais cet idéal nie le fonctionnement même de la connaissance humaine : un sujet qui observe un objet tout en constituant ce dernier. Le monde existe, mais il contient une grande partie de ce que nous y mettons dans notre approche cognitive. Impossible d’observer les choses de manière neutre, impossible d’accéder à une connaissance absolue. Nous ne connaissons qu’un type de neige. Les esquimaux ont des dizaines de mots pour, une multitudes de phénomènes :
    http://charlatans.info/esquineige.shtml

    Comme le défend Kant, “la chose en soi” (Noumène) est inatteignable : nous n’accédons qu’à des objets construits, façonnés par notre esprit. Adieu “réalité” objective ! La science ne consiste malheureusement pas à aller trouver le fond des choses mais à avoir prise sur le monde. Cela demeure en tous cas ma conviction philosophique profonde.

    Par contre, je ne comprends pas ta critique des autres sciences que les sciences “dures”. La sociologie ne serait pas une science ? La psychologie ne serait pas une science ? La philosophie ne ferait pas partie des sciences humaines ? Serais-tu scientiste ?
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Scientisme

  6. symptomes FRANCE Windows XP Mozilla Firefox 3.5.5 dit :

    Un article fort intéressant !
    Bonne fin de semaine, Gael

  7. David Jourand FRANCE Ubuntu Linux Mozilla Firefox 3.5.5 dit :

    Je commence par ton dernier point concernant les autres “sciences”, car c’est sans doute là que ce situe la clé de notre incompréhension. Afin de se comprendre nous devons utiliser des mots qui ont la même sémantique pour nous deux. C’est pour cela que j’utilise les mots dans leur sens communément admis (définition de Wikipédia ou de dictionnaires usuels). Tu trouveras des éclaircissement sur ce qu’est la science ici : http://jpmanson.unblog.fr/definition-de-la-science/ Pour reprendre un de tes exemple, la psychologie n’est évidemment pas une science, car ses théories ne sont pas réfutables ! C’est justement faire acte de scientisme que de classer ces disciplines parmi les sciences, non le fait de les exclure.
    La science ne postule qu’une seule chose : une réalité objective existe. Par l’observation et l’expérience selon la méthode scientifique, elle produit des modèles qui ne prétendent pas être la réalité mais décrire suffisamment bien la réalité jusqu’à preuve du contraire (réfutation). La science consiste donc en une méthode et un ensemble de modèles permettant d’expliquer plus ou moins bien une réalité objective.
    Les axiomes d’Euclide ne sont pas des présupposés indémontrables, puisque ce sont des axiomes, des postulats mathématique. Euclide est en effet un mathématicien. Or les mathématiques ne sont pas une discipline scientifique : ce sont les mathématiques. Les mathématiciens ne cherchent pas à expliquer le monde, mais à construire des systèmes purement intellectuels. Les axiomes sont vrais par définition. Ainsi des géométrie non euclidienne ont été construite en éliminant le cinquième postulat de la géométrie euclidienne. Les mathématiques fournissent ainsi des outils que les sciences utilisent pour produire leurs modèles.
    Quand Einstein, dont la théorie de la relativité générale n’aurait pu voir le jour sans l’invention de la géométrie riemannienne, dit que “Dieu ne joue pas aux dés”, il exprime effectivement une croyance personnelle. Cela n’en fait pas une affirmation scientifique ! Quant à Niels Bohr, ses croyances le conduisait effectivement à penser que le monde n’est pas déterministe (contrairement à Enstein). Mais il s’agit d’une croyance personnelle hors du champs scientifique. Et je regrette que le principe d’incertitude d’Heisenberg soit souvent interprété comme une preuve scientifique du caractère non déterministe du monde réel objectif. Ce principe est maintenant connu sous le nom de théorème d’indétermination, car il s’agit en effet de l’impossibilité de déterminer en même temps la vitesse et la position d’une particule. Ce n’est pas parce que l’on ne sait pas déterminer la valeur d’un paramètre que cette valeur n’existe pas. Les modèles inventés dans le cadre de la mécanique quantique sont contre intuitifs et nous avons bien du mal à les comprendre parce que nous tentons de le faire avec les modèles de la mécanique classique. Il est d’ailleurs intéressant de constater que la mécanique quantique en tant que modèle ne parvient pas à expliquer le monde macroscopique, contrairement à la mécanique classique.
    La science postule donc l’existence d’une réalité objective mais n’affirme pas qu’il existe une connaissance objective que l’Homme peut appréhender. Je te rejoins entièrement sur ce point. Notre incompréhension vient uniquement, à mon avis, du fait que nous n’avons pas le même définition de la science.

  8. admin FRANCE Mac OS X Safari 531.21.10 dit :

    Eh eh !
    Alors, pour commencer, le principe du “falsificationnisme” (une théorie peut être dite scientifique si l’on peut imaginer des cas qui viendraient contredire cette théorie) est assez paradoxale puisqu’il n’obeit pas à son propre commandement !!! C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles l’épistémologie (l’approche philosophique des sciences) ne s’est pas arrêtée sur cette thèse, ni sur le vérificationnisme (une théorie est scientifiquement vraie si elle est vérifiée par les faits ou tirée d’une autre théorie elle-même vérifiée par les faits).
    Néanmoins, je t’accorde que le principe de réfutation reste important en science (même si ce n’est PAS le critère qui permet de distinguer science et non science).
    D’où la difficulté ensuite de vouloir distinguer sciences naturelles et sciences humaines. L’objet qui constitue une science a proprement parler est bel et bien différent. Mais la méthode, dans ses grandes lignes, est bel et bien la même pour les 2 types de science, même si l’objet d’une science humaine pose davantage de contraintes (par exemple en terme d’expérimentation).
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Sciences_humaines_et_sociales

    Je suis d’accord sur le fait que les mathématiques sont un outil utilisé par exemple par la physique. Mais justement : cet outil présente une base axiomatique. Sa vérité ultime n’existe pas. On peut aussi bien concevoir le monde selon une géométrie euclidienne que non euclidienne. C’est en dernière instance un choix, une vision du monde. Le choix d’Einstein (qu’il a regretté en fin de vie) a guidé son système scientifique.
    Si l’on regarde les sciences, elles sont en perpétuelle évolution depuis 2000 ans. Même si un idéal est visé, il ne sera jamais atteint. Les sciences ne peuvent toucher la “Vérité”… Tout simplement parce que c’est une illusion humaine.
    L’univers est un continuum (une sorte de tout continu) que nous essayons de conceptualiser et de maîtriser par des concepts qui façonnent et distinguent des entités, des objets, et établissent des lois régissant leurs rapports. Les scientifiques changent de paradigmes afin de pouvoir résoudre davantage de problèmes. Mais cela reste à chaque fois une vision du monde, une perspective sur le monde. C’est en tout cas ma conception intime et je demeure sur ce point Nitzschéen.

    Finalement, tu serais sûrement d’accord avec Pierre SImon Laplace (http://fr.wikipedia.org/wiki/Déterminisme) qui pensait que l’univers est entièrement déterministe, et que c’est seulement les faiblesses de notre intellect qui nous empêchent de tout comprendre et de tout prévoir.

  9. David Jourand FRANCE Ubuntu Linux Mozilla Firefox 3.5.5 dit :

    Nous allons finir par tomber d’accord…

    La science et la très grande majorité des scientifiques sont beaucoup plus humbles que ce que tu penses. Aucune théorie scientifique n’est “vraie”. Une théorie est un modèle décrivant le mieux possible le monde. On la tient pour “vraie”, c’est à dire comme utile pour décrire le monde, tant qu’elle prévoit correctement le comportement de ce monde physique. Lorsqu’elle ne le prévoit pas correctement, elle est soit adaptée en tenant compte des nouvelles observations, soit abandonnée au profit d’une autre théorie, soit bordée dans son champs d’application particulier. Une illustration de ce dernier cas est par exemple la restriction de la mécanique classique à l’échelle macroscopique, abandonnant le monde sub-atomique à la mécanique quantique. Ce n’est donc pas tant le caractère falsifiable d’une théorie scientifique qui est intéressant mais le caractère infalsifiable des théories non scientifiques. Bien sûr, la limite entre disciplines scientifiques “dures” et les autres disciplines est floue. La climatologie appartient certainement à cette zone de flou. Il est heureux que toutes les disciplines dont le but est d’accroître la connaissance (sciences humaines et sociales) adoptent les méthodes scientifiques. Mais je trouve dommageable de qualifier de scientifique une discipline produisant des modèles qu’il est impossible de confirmer ou d’infirmer comme la psychologie, l’histoire ou la politique. Je trouve cela dangereux, car cela laisse la porte ouverte à qualifier toute discipline de scientifique : religion, sectarisme, pseudo-sciences, etc.

    La vérité en mathématique est sans rapport avec une vérité objective. La vérité d’une proposition mathématique ne peut être déterminée que dans le cadre des axiomes de bases du système formel considéré. Axiomes qui ne sont ni vrais ni faux puisqu’il définissent justement la vérité dans le système formel. Dans tout système formel, il existe d’ailleurs des propositions vraies qui ne peuvent être démontrées ! Partant de là, nous pouvons tenter de comprendre le monde en utilisant n’importe quel système formel. Certains systèmes expliqueront bien le monde, du moins dans certaines limites, comme la mécanique quantique pour le monde subatomique et la mécanique classique pour le monde macroscopique. Par contre je ne suis pas d’accord avec toi : nous ne pouvons pas aussi bien concevoir le monde selon une géométrie euclidienne que non euclidienne. D’abord parce qu’on en conçoit pas le monde mais que l’on élabore des théories pour l’expliquer. Ensuite parce qu’une théorie qui n’explique pas le réel (ou une partie du réel) doit être abandonné dans sa forme actuelle (au moins dans la partie du réel où elle ne l’explique pas) si on veut tenter de le comprendre.

    Les scientifiques ont effectivement des croyances qui évoluent généralement au cours de leur vie et qui guident en partie leurs recherches. Et j’adhère entièrement à ce que tu écris : “Les sciences ne peuvent toucher la “Vérité”… Tout simplement parce que c’est une illusion humaine.” Et je pense qu’aucun scientifique ne pense le contraire (mise à part peut-être certains illuminés).

    Tu as touché juste concernant le déterminisme. Je suis profondément convaincu que le monde est entièrement déterminé (c’est une croyance), mais que nous sommes totalement incapable de tout prévoir et de tout comprendre. Cela ne doit pas nous empêcher de tenter d’atteindre ce but !

  10. admin FRANCE Mac OS X Safari 531.21.10 dit :

    Petite question sur le déterminisme : dirais-tu alors qu’il est possible, en théorie, de prévoir à partir du présent le futur SI on connaissait les lois régissant l’univers au niveau micro et macroscopique ? Si on retourne dans l’autre sens : était-il prévisible, pour un observateur omniscient, une sorte de scientifique archétype, que la vie apparaisse dans l’univers, pour ensuite rendre possible l’apparition de la conscience ?

    Rien à voir : je m’aperçois que l’heure de mon serveur est décalée…

  11. David Jourand FRANCE Ubuntu Linux Mozilla Firefox 3.5.5 dit :

    Si un spectateur omniscient, situé hors du monde et pouvant l’observer sans le perturber avait connaissance de l’état du monde et l’ensemble des lois (supposées exactes et non plus comme modèles), il serait en mesure de prévoir le futur.
    Je CROIS qu’effectivement, la vie et la conscience répondent à des “lois” déterministes.

    Pour en revenir à la frustration engendrée par l’adoption d’un comportement écologique, je suis d’accord si on ne change pas nos valeurs qui font du fric le seul étalon de mesure de réussite et de reconnaissance. C’est notre projet anticapitaliste.

  12. Nico FRANCE Windows Vista Internet Explorer 8.0 dit :

    Tiens, encore du négationnisme dans l’air…

    Quelle sanction devrait prévoir le code pénal selon vous ? Vider la montée des eaux avec une petite cuiller ?

  13. admin FRANCE Mac OS X Safari 531.21.10 dit :

    AI-je parlé de sanction ? Vous sentez-vous donc si coupable ?

  14. Erasmus Tharnaby FRANCE Windows Vista Mozilla Firefox 3.0.17 dit :

    Et je suis absolument d’accord avec M. Jourand sur l’abus de l’usage fait du théorême d’Eisenberg.
    Les mathématiques, une science axiomatique ?
    C’était le projet des mathématiciens ANGLAIS, comme Russell et la philosophie analytique qui recherchait le Graal de l’axiomatique la plus pure, mais vous n’ignorez pas que ce doux rêve fut brisé par Gödel en 1931.
    Les mathématiques sont un espace de poésie et de créativité humaine comme les autres, ne vous en déplaise !

  15. David Jourand FRANCE Linux Safari 532.5 dit :

    Effectivement, Gödel à mis à mal la construction d’un système formel non contradictoire et complet. C’est le sens de ma phrase ” Dans tout système formel, il existe d’ailleurs des propositions vraies qui ne peuvent être démontrées !” dans le commentaire n°9… Mais tout système formel défini des propositions vraies démontrables qui constituent la vérité dans ce système.
    Et je suis bien d’accord que les mathématiques sont source de beauté et de créativité, mais là n’est pas le propos.

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